07.03.24

Journée de la femme - Portrait de deux maraîchères

Les femmes au cœur de l'organisation légumière Prince de Bretagne.

Association d’organisations de producteurs engagés, de plus en plus de femmes sont investies au Cerafel et autour de sa marque Prince de Bretagne : plusieurs femmes installées en maraîchage du Conquet à Saint-Malo, de nombreuses femmes parmi les salariés des coopératives et trois femmes exercent des postes de direction au sein de la Gouvernance : Maïwenn Bullier, directrice générale du Cerafel, Clarisse Galet, directrice de Terres de Saint-Malo, et Anne-Marie L’aminot, directrice de l’organisation de producteurs Les Maraîchers d’Armor. Sans compter les productrices administratrices au sein des organisations de producteurs. Pour célébrer la Journée Internationale des Droits des Femmes du 8 mars prochain, rencontre avec deux productrices qui ont fait le choix de l’agriculture après une première carrière professionnelle en dehors des champs.

Gwennoline : maraîchère et éleveuse laitière sur la commune de Saint-Pol-de-Léon (29), 36 ans et mère de 2 enfants de 4 et 6 ans

Diplômée en 2011 d’une école d’ingénieure en agronomie, Gwennoline part travailler au Mexique en développement commercial pour des entreprises bretonnes qui souhaitaient s’exporter sur le territoire mexicain, notamment en alimentation animale. En 2015, elle souhaite rentrer en France. Elle travaille alors au service marketing d'une entreprise qui propose des produits d’hygiène pour la traite. Mais fin 2019, elle décide de rejoindre la ferme familiale pour préparer son installation, à la suite du départ en retraite de son père. Pour cela, elle travaille deux ans en tant que salariée au sein de l’exploitation, avant de s’installer début 2022. « J’en ai toujours eu envie. En intégrant une prépa agro-véto, j’avais cela en arrière-pensée, sachant que ni mes parents, ni moi n’avions envisagés nous installer ensemble. Mais, mes parents se rapprochant de la retraite, cela a muri petit à petit. »

Gwennoline reprend le modèle d’exploitation tel qu’il était. « Je possède une petite ferme avec 38 ha et une trentaine de vaches à traire. » C’est aujourd’hui la dernière à produire du lait sur la commune. La ferme étant dans une zone légumière, elle tire parti des co-produits de légumes, comme les feuilles de choux, pour nourrir ses vaches, « c’est un modèle vertueux, car cela valorise les co-produits. »

Côté champs, Gwennoline cultive des mini choux-fleurs. « C’est la même variété que les choux-fleurs standards mais ils sont plantés plus serrés entre le 14 juillet et le 15 août. On plante des variétés de précocité différentes pour pouvoir en récolter toute l’année. Les travaux dans les champs ont lieu uniquement en semaine, le weekend, nous nous occupons essentiellement des vaches. Les légumes sont commercialisés par la coopérative SICA et vendus sous la marque Prince de Bretagne. L’intérêt d’adhérer à une coopérative est de pouvoir participer aux décisions collectives, donner son avis et échanger avec d’autres producteurs. »

En savoir plus sur les mini choux-fleurs

La culture en plein champs est un travail extrêmement physique, alors pour une femme « cela demande un peu plus de ruses et de temps ! » Choisir ce métier, c’est en effet évoluer dans un milieu encore très masculin, « si au sein du Cerafel, être une femme n’est pas un sujet, il est encore parfois plus difficile aux fournisseurs de parler avec moi qu’avec mon père ! »

Entre le maraîchage et l’élevage, la vie de Gwennoline est organisée autour de son métier et de ses enfants. « Ma génération consacre davantage de temps à ses enfants. Donc, je ne me sens pas exclue en tant que Maman, ce n’est pas un handicap de plus ! ». Son message aux femmes est « Prenez confiance en vous ! Et cela est également valable pour moi… ».

Rozenn :  maraîchère bio installée dans les Côtes d’Armor, 42 ans et mère de 2 enfants de 10 et 13 ans

Avant de s’installer avec son mari en production Bio, Rozenn était banquière. Elle est présidente de la commission communication de la coopérative Les Maraîchers d’Armor dont elle et son mari sont adhérents. Elle est aussi membre du groupe « recettes » qui valorise les légumes du terroir lors d’évènements locaux. Femme de producteur, elle était jusqu’il y a peu salariée dans le secteur bancaire. Aujourd’hui, elle s’épanouit à cultiver la terre pour produire des légumes bio.

De la banque à la terre. C’est en 2013, que Grégory, le mari de Rozenn, reprend l’exploitation sur laquelle il est salarié depuis quatre ans dans les Côtes d’Armor. Comme tant d’autres femmes de producteurs en Bretagne, Rozenn, bien que salariée à temps plein à l’extérieur, aide à la vie de la ferme, et cela lui plaît. Alors, en 2020, elle décide de quitter son poste de directrice d’agence bancaire, pour rejoindre son mari, à temps plein, sur l’exploitation. « C’est un choix familial. La vie de famille tourne autour de la ferme. J’y passe bien sûr beaucoup de temps, mais je suis plus libre qu’avant. »

La ferme de Rozenn est une petite exploitation qui dispose d’une cinquantaine d’hectares et emploie un salarié, et sur lesquels sont cultivés plus d’une dizaine de variétés de légumes en bio : échalotes, artichauts, choux-fleurs, brocolis d’automne, pois, fenouil, pommes de terre ou encore différentes variétés de courges. Pour Rozenn et Grégory, qui a suivi des études dans le secteur de l’environnement, travailler en bio était une évidence.« On travaille avec la nature et en fonction des saisons. On nourrit la terre, et la terre nourrit la plante. »

La rotation des cultures imposée en production maraîchère bio implique de travailler un plus grand nombre de variétés de légumes qu’en conventionnel. Mais pour Rozenn, c’est plutôt un atout. « Cela me plaît de cultiver plusieurs légumes, c’est très enrichissant, je fais plusieurs activités différentes dans la journée. C’est très varié. On a un métier très technique qui demande beaucoup d’interventions mécaniques et manuelles. On consacre aussi beaucoup de temps à l’observation des cultures. Il faut faire preuve d’anticipation. On travaille sans cesse avec la météo. Mais on est fier de notre production."

En savoir plus sur les fruits et légumes Bio Prince de Bretagne

Avant de travailler sur l’exploitation, Rozenn était déjà impliquée dans la vie de la coopérative en étant, depuis plus de 10 ans, un membre actif du « groupe recettes » qui travaille à l’élaboration de recettes simples mais originales, permettant de mettre en avant les légumes cultivés dans la région. Le groupe participe aussi à des animations en magasin ou lors d’évènements locaux. « Ce sont de belles opportunités pour rencontrer et échanger directement avec les consommateurs, leur expliquer notre métier. » Depuis un an, Rozenn est également présidente de la commission communication de la coopérative Les Maraîchers d’Armor. Elle travaille notamment à développer la visibilité de la coopérative, des producteurs et de leurs produits sur les réseaux sociaux.

Si le métier reste encore très masculin avec « des à priori qui persistent notamment sur la capacité physique des femmes, leur fragilité et leur polyvalence », Rozenn constate qu’il y a une grande diversité au sein du Cerafel. Tout comme Gwennoline, Rozenn aimerait que les femmes osent plus, sans forcément écouter les remarques. « C’est un métier accessible, qui peut s’apprendre sur le terrain et qui est de plus en plus féminisé. Il faut donc croire en soi, oser et aller jusqu’au bout !».

Découverte culinaire avec Rozenn

Découverte culinaire avec Rozenn